Histoire

Nelson Mandela : de la lutte contre l’apartheid à la réconciliation sud-africaine

Prisonnier pendant 27 ans, Nelson Mandela est devenu l’une des figures centrales de la fin de l’apartheid et du premier pouvoir démocratique multiracial en Afrique du Sud.

Nelson Mandela demeure l’une des grandes figures de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Militant de l’African National Congress (ANC), avocat, prisonnier politique durant 27 ans puis premier président noir du pays, il a incarné un combat pour l’égalité des droits et la construction d’une démocratie multiraciale.

Son parcours ne se résume pas à une libération devenue mondiale en 1990. Il est aussi celui d’un homme formé dans une Afrique du Sud déjà profondément inégalitaire, engagé dans la résistance politique, confronté à la clandestinité et à l’emprisonnement, puis placé au cœur des négociations qui ont mis fin au système d’apartheid.

Une enfance marquée par l’histoire et l’éducation

Nelson Mandela naît le 18 juillet 1918 à Mvezo, en Afrique du Sud, sous le nom de Rolihlahla Mandela. Il appartient à une famille royale du peuple thembu, rattaché à l’ethnie xhosa. Il est également appelé Madiba, un nom employé comme marque de respect.

À l’âge de 7 ans, il entre dans une école protestante anglophone. Une enseignante lui attribue alors le prénom de Nelson, suivant une pratique répandue à l’époque. Deux ans plus tard, son père meurt de la tuberculose. Son éducation est ensuite confiée au régent thembu, Jongintaba.

Mandela poursuit sa scolarité jusqu’à l’université, une possibilité rare pour un jeune Noir sud-africain. En 1939, il s’inscrit à l’université de Fort Hare, où il étudie le droit et l’histoire. Il y rencontre Oliver Tambo, qui deviendra son ami et son compagnon de lutte. Son engagement dans une manifestation étudiante conduit toutefois à son exclusion en 1940.

Une Afrique du Sud organisée autour de la dépossession

La trajectoire de Nelson Mandela s’inscrit dans un pays où les discriminations raciales avaient été mises en place bien avant l’arrivée officielle de l’apartheid. Après la colonisation néerlandaise à partir de 1652, puis la prise de pouvoir britannique en 1806, l’Afrique du Sud devient en 1910 un État autonome au sein de l’Empire britannique.

En 1913, le Native Land Act confine la majorité noire sur moins de 10 % du territoire, tandis que la minorité blanche contrôle l’essentiel des terres. C’est dans ce contexte qu’est fondé l’ANC, dont l’objectif est de défendre les intérêts de la population noire face aux injustices institutionnelles.

Installé à Johannesburg en 1941, Mandela découvre les conditions de vie des habitants noirs dans les quartiers pauvres. Il exerce d’abord plusieurs emplois avant de reprendre des études de droit. Avec Oliver Tambo, il ouvre en 1951 un cabinet qui devient le premier cabinet d’avocats noirs du pays. Ils défendent notamment de nombreux militants poursuivis par les autorités.

L’engagement au sein de l’ANC contre l’apartheid

Mandela rejoint l’ANC en 1943, encouragé par Walter Sisulu. En 1944, avec Oliver Tambo, Walter Sisulu et d’autres militants, il participe à la création de la Ligue de jeunesse de l’ANC. Celle-ci défend une ligne plus active fondée sur la désobéissance civile, les boycotts et les grèves.

En 1948, le Parti national arrive au pouvoir grâce au vote des seuls électeurs blancs. Il met en place l’apartheid, terme afrikaans signifiant « séparation ». Ce système rend obligatoires les pratiques de ségrégation : déplacements contrôlés par des laissez-passer, espaces publics séparés, exclusions politiques et déplacements forcés de populations non blanches.

Mandela fait alors de la lutte contre l’apartheid le centre de son engagement. Il participe à des campagnes de désobéissance civile et devient vice-président de l’ANC en 1952. Poursuivi à plusieurs reprises, il est notamment accusé de communisme, alors qu’il rejette cette qualification.

La répression atteint un point dramatique le 21 mars 1960 à Sharpeville. Une manifestation pacifique contre les laissez-passer est réprimée par la police : 69 personnes sont tuées et plus de 180 blessées. Après ce massacre, l’état d’urgence est instauré et l’ANC est interdit.

Du sabotage au procès de Rivonia

Après Sharpeville, Mandela conclut que la stratégie non violente ne suffit plus face à la violence du pouvoir. En 1961, il contribue à créer Umkhonto we Sizwe, souvent désigné par ses initiales MK, la branche armée clandestine liée à l’ANC. Ses membres mènent des actions de sabotage contre des infrastructures industrielles, électriques et militaires. À cette période, ces actes ne provoquent pas de victimes directes.

En 1962, Mandela voyage dans plusieurs pays africains et à Londres afin d’informer sur la situation sud-africaine et de s’inspirer d’autres mouvements de libération. Au Maroc, il reçoit une formation auprès de la branche armée du Front de libération nationale algérien.

Arrêté le 5 août 1962 à son retour en Afrique du Sud, il est condamné à cinq ans de prison pour incitation à la grève et sortie illégale du territoire. L’année suivante, l’arrestation de militants de l’ANC et du MK à Rivonia ouvre un procès majeur. Mandela et ses coaccusés risquent la peine de mort pour complot, trahison et sabotage.

Lors de ce procès, Mandela affirme avoir combattu la domination blanche comme la domination noire et défend l’idéal d’une société démocratique où tous vivraient ensemble avec des chances égales. Les accusés échappent à la peine capitale, mais sont condamnés à la prison à perpétuité.

Robben Island : 27 années de détention

Mandela passe 18 années à Robben Island, au large du Cap, sous le matricule 46664. Les conditions de détention sont difficiles : travail forcé, nourriture insuffisante, censure du courrier et visites très limitées. Il étudie néanmoins, lit et apprend notamment la langue et l’histoire des Afrikaners.

Il subit aussi des deuils sans pouvoir assister aux funérailles. Sa mère meurt en 1968, puis son fils aîné, Thembekile, décède dans un accident de voiture en 1969. Pendant ce temps, Winnie Madikizela-Mandela, qu’il a épousée en 1958, reste engagée dans la lutte et subit elle aussi surveillance, arrestation et torture.

La mobilisation contre l’apartheid s’amplifie dans le pays et à l’international. En 1976, la répression d’une manifestation de lycéens à Soweto provoque la mort de 575 adolescents selon le bilan officiel cité. En 1977, le militant Steve Biko meurt après avoir été torturé dans un commissariat.

Nelson Mandela devient progressivement un symbole international de la lutte antiraciste. Les pressions extérieures contribuent à son transfert dans une prison du Cap en 1982. Il refuse par la suite une offre de libération conditionnée à l’abandon de son engagement politique.

La libération et la fin de l’apartheid

En 1989, Pieter Botha quitte la présidence sud-africaine. Frederik de Klerk lui succède et engage un changement politique décisif. Le 2 février 1990, il lève l’interdiction qui frappait l’ANC. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990, après 27 années de prison.

À sa sortie, Mandela appelle à poursuivre la lutte pour l’égalité, la paix et la réconciliation nationale. Élu président de l’ANC en 1991, il mène avec le gouvernement des négociations destinées à démanteler l’apartheid. Le système est aboli, et Mandela reçoit le prix Nobel de la paix en 1993 avec Frederik de Klerk.

Les premières élections au suffrage universel multiracial se tiennent en avril 1994. Plus de 15 millions de personnes jusque-là exclues de la citoyenneté deviennent électrices. L’ANC arrive en tête avec 62 % des voix. Le 10 mai 1994, Nelson Mandela devient le premier président noir d’Afrique du Sud.

La présidence et l’idée de la « nation arc-en-ciel »

À la tête du pays, Mandela met l’accent sur la réconciliation entre Sud-Africains noirs et blancs. Il popularise l’expression de « nation arc-en-ciel » pour désigner une société appelée à se défaire de ses divisions raciales, sans nier leur persistance dans les pratiques sociales.

La Coupe du monde de rugby de 1995 devient l’un des symboles de cette politique. Le rugby et l’équipe des Springboks étaient alors associés à la population afrikaner et rejetés par une partie de la population noire. Mandela soutient pourtant l’équipe nationale et encourage son rapprochement avec les habitants des townships. La victoire des Springboks suscite des célébrations partagées.

En 1996, une nouvelle Constitution est promulguée. Mandela ne réalise qu’un seul mandat, conformément à son engagement, puis quitte la présidence en 1999. Il poursuit ensuite son action, notamment à travers une fondation tournée vers la recherche scientifique et la prévention du sida. Son fils Makgatho meurt du VIH en 2005.

Nelson Mandela meurt le 5 décembre 2013 à l’âge de 95 ans. Son histoire reste indissociable de la chute de l’apartheid, mais aussi d’une exigence politique : défendre une démocratie dans laquelle aucun groupe ne domine l’autre. Pour approfondir les combats contre la ségrégation aux États-Unis, lire également le parcours de Martin Luther King Jr.. La question de l’égalité civique trouve aussi un éclairage historique dans l’histoire de Jean-Baptiste Belley, premier député noir de France.

FAQ sur Nelson Mandela

Pourquoi Nelson Mandela a-t-il été emprisonné ?

Il a d’abord été condamné en 1962 pour incitation à la grève et sortie illégale du territoire. Au procès de Rivonia, il a ensuite été condamné à la prison à perpétuité avec d’autres militants, notamment pour complot, trahison et sabotage.

Combien de temps Nelson Mandela a-t-il passé en prison ?

Nelson Mandela a été détenu durant 27 ans. Il a notamment passé 18 ans à Robben Island avant d’être transféré dans d’autres établissements pénitentiaires.

Quand Nelson Mandela est-il devenu président de l’Afrique du Sud ?

Il est devenu président le 10 mai 1994, après les premières élections sud-africaines organisées au suffrage universel multiracial.

Christiano Btf

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