Nelson Mandela : de la lutte contre l’apartheid à la réconciliation sud-africaine

Emprisonné pendant 27 ans, Nelson Mandela a incarné le combat pour l’égalité politique en Afrique du Sud avant de devenir le premier président noir du pays.
Nelson Mandela reste l’une des grandes figures de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Militant de l’African National Congress (ANC), avocat, prisonnier politique pendant 27 ans puis premier président noir du pays, il a placé l’égalité des droits et la réconciliation nationale au cœur de son action.
Son itinéraire ne se résume pas à une trajectoire individuelle. Il éclaire l’histoire d’un système de ségrégation raciale institutionnalisé, les formes successives de résistance qui lui ont été opposées et la transition politique ayant conduit aux premières élections multiraciales de 1994.
Grandir dans une Afrique du Sud déjà inégalitaire
Nelson Mandela naît le 18 juillet 1918 à Mvezo, en Afrique du Sud, sous le nom de Rolihlahla Mandela. Il appartient à une famille royale du peuple Thembu, rattaché à l’ethnie xhosa. Le nom de Madiba, par lequel il est fréquemment désigné, est une marque de respect liée à son clan.
Alors qu’il entre dans une école protestante anglophone à l’âge de sept ans, une enseignante lui attribue le prénom britannique de Nelson. Deux ans plus tard, la mort de son père bouleverse son enfance. Son éducation est ensuite prise en charge par le régent du peuple Thembu, Jongintaba Dalindyebo, qui l’encourage à poursuivre sa scolarité.
Cette période s’inscrit dans une Afrique du Sud profondément marquée par la domination coloniale et la dépossession foncière. Colonisé par les Hollandais à partir de 1652, puis contrôlé par les Britanniques à partir de 1806, le territoire devient en 1910 un État autonome au sein de l’Empire britannique. En 1913, le Native Land Act réserve l’essentiel des terres à la minorité blanche et confine la majorité noire sur une part très réduite du territoire.
C’est dans ce contexte qu’est fondé l’ANC, organisation destinée à défendre les intérêts des populations noires face aux inégalités imposées par le pouvoir blanc.
Études, droit et engagement au sein de l’ANC
En 1939, Nelson Mandela intègre l’université de Fort Hare afin d’étudier le droit et l’histoire. Cet établissement est alors réservé aux étudiants non blancs. Il y rencontre notamment Oliver Tambo, qui deviendra à la fois son ami et son compagnon de lutte. Son engagement dans une mobilisation étudiante lui vaut toutefois d’être exclu en 1940.
Refusant un mariage arrangé, Mandela quitte sa région en 1941 et s’installe à Johannesburg, dans le secteur de Queenstown. Il y exerce d’abord des emplois précaires avant de se rapprocher de Walter Sisulu, militant de l’ANC. En 1943, il rejoint l’organisation.
Avec Oliver Tambo, Walter Sisulu et d’autres militants, il participe à la création de la Ligue de jeunesse de l’ANC en 1944. Cette structure souhaite durcir les méthodes de mobilisation par la désobéissance civile, les grèves et les boycotts. Mandela reprend parallèlement ses études de droit et devient avocat. En 1951, il ouvre avec Oliver Tambo le premier cabinet d’avocats noirs du pays.
Les combats menés par Mandela font écho à d’autres mobilisations contre la ségrégation raciale. Aux États-Unis, Martin Luther King Jr. a lui aussi incarné une lutte pour les droits civiques, fondée sur une stratégie non violente dans un autre contexte historique et politique.
L’apartheid et le tournant de la résistance
En 1948, le Parti national, élu par l’électorat blanc, instaure l’apartheid. Le terme signifie « séparation » en afrikaans. Ce système transforme et renforce la ségrégation raciale : déplacements contrôlés, espaces publics séparés, restrictions dans les transports, exclusion politique et déplacements forcés touchent les populations noires, métisses et indiennes.
Mandela consacre alors l’essentiel de son activité à la lutte contre ce régime. Son engagement lui vaut des arrestations et des condamnations. En 1952, alors qu’il est devenu l’un des dirigeants de l’ANC, il est condamné à neuf mois de prison pour des accusations de nature politique. Il poursuit cependant son action militante et juridique.
Le massacre de Sharpeville, le 21 mars 1960, constitue un tournant majeur. Lors d’une manifestation pacifique contre les laissez-passer imposés aux Noirs, la police tire sur la foule. Le bilan cité est de 69 morts et de plus de 180 blessés. Après cet événement, l’état d’urgence est décrété et l’ANC est interdit.
Mandela conclut alors que les moyens non violents ne suffisent plus face à la répression. En 1961, il participe à la création de Umkhonto we Sizwe, souvent désigné par les initiales MK, la branche armée clandestine liée à l’ANC. Ses premières actions visent des infrastructures industrielles, militaires et électriques, sans victime directe selon les éléments rapportés pour cette période.
Du soutien africain au procès de Rivonia
En 1962, Nelson Mandela voyage dans plusieurs pays d’Afrique et se rend aussi à Londres pour faire connaître la situation sud-africaine. Au Maroc, il suit une formation auprès de combattants liés à la branche armée du Front de libération nationale algérien. Cette expérience s’inscrit dans une circulation des idées, des solidarités et des expériences de décolonisation sur le continent africain.
Arrêté le 5 août 1962 après son retour en Afrique du Sud, Mandela est condamné à cinq ans de prison, notamment pour avoir incité à la grève et avoir quitté le pays sans autorisation. L’année suivante, l’arrestation de militants de l’ANC et de MK à Rivonia conduit à un nouveau procès.
Au procès de Rivonia, Mandela et ses coaccusés risquent la peine de mort pour complot, trahison et sabotage. Dans sa défense, il affirme combattre à la fois la domination blanche et la domination noire, au nom d’une société démocratique où tous disposeraient de droits égaux. Les accusés échappent à la peine capitale mais sont condamnés à la prison à perpétuité.
Robben Island : 27 ans de détention
Mandela passe dix-huit années à Robben Island, au large du Cap, avant d’être transféré dans d’autres établissements. Les conditions de détention y sont extrêmement dures : travaux forcés, nourriture insuffisante, visites limitées et courrier soumis à la censure. Il porte le matricule 46664.
Durant sa captivité, il continue à lire et à étudier. Il apprend notamment la langue et l’histoire des Afrikaners, dans l’idée de comprendre ceux qui dirigent le régime et de préparer un dialogue futur. Il ne peut assister ni aux funérailles de sa mère, décédée en 1968, ni à celles de son fils aîné, mort dans un accident de voiture en 1969.
À l’extérieur, la contestation ne disparaît pas. Les manifestations de Soweto en 1976 et la mort du militant Steve Biko en 1977 renforcent l’attention internationale portée à l’apartheid. Des artistes et des mobilisations internationales contribuent également à faire de Mandela un symbole mondial des luttes antiracistes.
Libération, négociations et présidence
En 1990, le président Frederik de Klerk lève l’interdiction qui pèse sur l’ANC. Nelson Mandela est libéré le 11 février, à l’âge de 71 ans. Il reprend alors une activité politique publique et engage, avec les autorités, des négociations destinées à mettre fin au système d’apartheid.
En 1993, Mandela et Frederik de Klerk reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix. L’année suivante, les premières élections au suffrage universel multiracial sont organisées en Afrique du Sud. Plus de 15 millions de personnes, auparavant exclues de la citoyenneté politique, peuvent voter. L’ANC obtient 62 % des voix et Nelson Mandela devient président le 10 mai 1994.
À la tête du pays, il défend la réconciliation entre les Sud-Africains et popularise l’expression de « nation arc-en-ciel ». La Coupe du monde de rugby de 1995 devient l’un des symboles de cette volonté : les Springboks, longtemps perçus comme l’équipe de la minorité blanche afrikaner, sont progressivement soutenus par une partie plus large de la population.
Une nouvelle Constitution est promulguée en 1996 afin de consolider les droits et d’empêcher un retour à un ordre racial institutionnalisé. Mandela quitte la présidence en 1999, après un seul mandat, conformément à son engagement.
Un héritage politique et humain
Après son retrait de la présidence, Nelson Mandela poursuit son implication dans plusieurs causes, dont la prévention et la recherche contre le sida. Son fils Makgatho meurt du VIH en 2005. Mandela meurt le 5 décembre 2013, à l’âge de 95 ans.
Son parcours rappelle que l’abolition légale d’un système ne fait pas disparaître instantanément les inégalités et les divisions héritées du passé. Il demeure néanmoins associé à une exigence politique précise : construire une démocratie où les droits ne dépendent pas de la couleur de peau. Cette quête d’égalité s’inscrit dans une histoire plus vaste, qui comprend aussi les combats d’acteurs tels que Jean-Baptiste Belley, premier député noir de l’histoire de France.
FAQ sur Nelson Mandela et l’apartheid
Pourquoi Nelson Mandela a-t-il été emprisonné ?
Il a d’abord été condamné en 1962 pour avoir incité à la grève et quitté l’Afrique du Sud sans autorisation. Lors du procès de Rivonia, il a ensuite été condamné à la prison à perpétuité avec d’autres militants pour des accusations liées au complot, à la trahison et au sabotage.
Combien de temps Nelson Mandela est-il resté en prison ?
Nelson Mandela a été détenu pendant 27 ans. Il a notamment passé dix-huit ans à Robben Island, avant d’être transféré dans des prisons situées près du Cap.
Quand Nelson Mandela est-il devenu président de l’Afrique du Sud ?
Il devient président le 10 mai 1994, après les premières élections au suffrage universel multiracial organisées dans le pays.



